samedi 22 août 2015

Pèlerinage au pays d'Augiéras

Depuis longtemps, j'ai un particulier attachement pour l'œuvre de François Augiéras. J'ai souvent eu l'occasion d'en parler et de décrire ses ouvrages majeurs (cliquez-ici). Ces derniers jours, profitant des vacances, j'ai voulu pour ainsi dire incarner un peu plus ma passion pour l'œuvre en allant sur les traces de l'auteur. Certes, je sais l'aspect dérisoire de penser que l'on se sent un peu plus proche d'un auteur en allant simplement voir et fouler les lieux qu'il a parcourus. Néanmoins, portant en moi ce qu'il représente pour moi, penser que les lieux que j'ai visités sont aussi ceux qu'il a connus, a donné en même temps plus d'épaisseur et d'incarnation à ce que je voyais et plus d'humanité et de proximité avec l'auteur.

C'est ainsi que nous sommes allés à Domme et, plus particulièrement, sur sa tombe. Je ne saurais décrire la forme d'émotion qu'il y a voir et toucher, car j'ai voulu toucher sa pierre tombale et ajouter une pierre à sa modeste sépulture. J'ai demandé à mon ami qu'il immortalise ce moment. Il y a un mélange de naïveté et d'émotion à faire cela.



Nous sommes aussi allés aux Eyzies, au bord de la Vézère. Tout cela a dû beaucoup changer, preuve de la perte de l'enchantement du monde dans lequel nous vivons (cette perte d'enchantement est probablement un des événements majeurs de notre époque. Pourrons-nous en revenir ? Je l'espère).
 

Hier soir à Périgueux, nous sommes allés voir le 14 rue du Palais où il a si longtemps vécu avec sa mère.


Sans parler d'une belle rencontre hier après-midi à Périgueux, avec un libraire avec qui j'ai pu très longuement parler et échanger sur Augiéras.

On me demandait comment j'ai connu François Augiéras. C'est cet article du Monde, paru en 1995, qui m'a fait connaître L'apprenti sorcier.


Cela reste mon livre fétiche, dont j'ai parlé ici même (L'apprenti sorcier). C'est ainsi ce mélange de hasard, d'attention et de curiosité qui m'a ensuite amené à découvrir plus en avant son œuvre.

Pour finir, lever de soleil sur la cathédrale de Périgueux ce matin :



dimanche 26 juillet 2015

Lettre à Leonor Fini, Jean Genet, 1950

Pendant quelques années, il y a eu une relation spéciale entre Jean Genet et Leonor Fini. En 1947, ils collaborent. Elle illustre son poème Galère de 6 dessins. J'ai décrit un exemplaire de cet ouvrage sur ce site (La Galère, de Jean Genet, 1947). En 1950, chez le même libraire qui les avait publiés en 1947, Jacques Loyau, paraît une Lettre à Leonor Fini, un texte d'analyse de son œuvre par Jean Genet, illustré de 8 reproductions de tableaux de Leonor Fini. La première reproduction est un portrait de Jean Genet : 


Dans ce texte foisonnant, le premier qu'il consacre à un artiste, on sent bien que Jean Genet parle autant de l’œuvre de Leonor Fini que de la sienne propre. Avant d'extraire quelques passages qui m'ont semblé éclairer son propos, je note que cette réflexion est toute cérébrale. Je veux dire par là que l'on n'y sent pas le souffle d'une émotion esthétique devant les tableaux de Leonor Fini. C'est peut-être aussi la limite de ce texte, plus baroque et lyrique que chaleureux et inspiré.

Vous êtes la noce de la plante et de la bête.

Mais ce qui domine surtout - la parfum majeur que j'ai reconnu - c'est celui de la mort. Le choix des couleurs, l'inquiétude des scènes, la rencontre d'un coquillage avec un miroir, le plis des tentures, vos masques, tout, dans votre travail, témoigne d'un intime théâtre macabre.

L'époque que vous vivez, c'est la Renaissance, je veux dire que vous illustrez un thème qui, historiquement se nomme Renaissance Italienne. Le faste de cette époque est celui même de votre œuvre, voluptueuse et saupoudrée d'arsenic. Vos dames allongées dans l'alcôve, leurs garçons élégants sont emprisonnés, sont atteints d'une peste venue de la plus haute antiquité.

Ainsi, au dernier terme de votre travail, vous vous préoccupez du monde reprouvé où le silence a la puissance d'une nécessité esthétique. Peut-être est-ce lui qui vous permettra de rejoindre le malheur plus terrestre, plus "humain", plus charnel. Si, jusqu'à ces jours derniers vous avez, à la plus fine des cires donné une vie solennelle, peut-être allez-vous accorder le malheur et la vie à la plus infâme tourbe.

Sans doute trouverez-vous que j'ai vivement élu ce qui m'est proprement familier, et que c'est d'abord mon travers que j'exalte. Mais me passionnerais-je autant pour une œuvre si je n'avais découvert en elle et dès sa formation non ce vers quoi je m'achemine - et qui n'appartiendra qu'à moi - mais ces mêmes éléments désespérés épars à travers des fastes mortuaires ?

Cet exemplaire s'enrichit, au verso de la couverture, d'un envoi de Jean Genet. On ne sait pas quel est le destinataire. La lecture du texte en est incertaine : "J'exprime un art, puisse un jour en illustrer un autre, Jean Genet, H-51"


Pour illustrer le propos de Jean Genet, la plaquette contient la reproduction en noir et blanc de 8 tableaux de Leonor Fini. Le premier est le portrait de Jean Genet  qui introduit ce message. Les 7 autres sont :

Sphinx philagria

Espagne

La fille au corsage velu

Sphinx ermite

Bagnard

La fille du maçon

Antonio

Description de l'ouvrage
 

Jean Genet
Lettre à Leonor Fini
Paris, Loyau, 1950, in-8° (218 x 146 mm), [32] pp., 8 planches photographiques en noir et blanc.


L'ouvrage se compose de :
- Faux titre (p. [1])
- Titre (p. [3])
- Texte, signé en fin "Jean Genet" (pp. [5-13])
- 8 planches photographiques en noir et blanc, reproduisant des tableaux de Leonor Fini, sur la page de droite, avec le titre en regard sur la page de gauche (pp. [ 14-29]. Ce sont les planches reproduites ci-dessus.
- Achevé d'imprimer et justification (p. [31]) :

Cet exemplaire est le n° 89. Toutes les autres mentions que j'ai trouvées signalent 800 exemplaires, toujours avec une justification manuscrite. Seul celui-ci apparaît avec le chiffre de 1000. S'agit-il d'une erreur ?

Dans les bibliothèques publiques en France, il n'y a que 6 exemplaires (source CCFr) :
BNF : 8-V PIECE-31512 et RES 8-Z PAB BIBL-417 (don Pierre-André Benoît)
LYON- BM, fonds Chomarat : B 1686 (n° 718, ayant appartenu à Michael Josselson)
PARIS - BIB.LITTERAIRE J.DOUCET : 57040 (ex. n° 241, don Bronia Clair)
PARIS - Centre Georges Pompidou
STRASBOURG-BU Arts : T FINI 1

Ce texte a été repris dans :
Fragments... et autres textes, Gallimard, 1990, avec une préface d'Edmund White.
Les autres textes sont :
'adame Miroir (1948)
Jean Cocteau (1950)
Fragments...(1954)
Lettre à Jean-Jacques Pauvert (1954)

vendredi 10 juillet 2015

L’impossible conciliation ou la vie héroïque du Dr Claude-François Michéa, Jean-Claude Féray

Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à l'histoire de l'homosexualité (c'était il y a quelques dizaines d'années), la littérature disponible sur le sujet n'était pas aussi abondante qu'aujourd'hui. On avait le sentiment que cette histoire était rythmée par une césure profonde : il y avait un avant et un après 1968 et Stonewall. C'est à cette date que, tout d'un coup, les homosexuels étaient passés de l'ombre à la lumière. D'un peuple sans histoire, ils étaient soudainement entrés dans l'histoire. Une première raison était sûrement que ces événements étaient encore proches. Je n'exclus pas que cette perception soit aussi directement liée à ma propre histoire personnelle.

Aujourd'hui, parce que le sujet a été beaucoup exploré, cette histoire me semble plus envisagée comme un continuum. Elle est appréhendé comme toute histoire, avec des phases, des changements de direction, dont Stonewall serait un jalon, comme il y avait eu d'autres jalons dans le passé. C'est cette vision d'une histoire en continuité, plutôt qu'en rupture, qui permet de mettre en valeur des personnalités, des textes qui ont apporté leur contribution à un moment donné. C'est ainsi qu'une biographie récente a mis en lumière une personnalité fort oubliée, un aliéniste du XIXe siècle, le Dr Claude-François Michéa (1815-1882), qui est l'auteur d'un texte qui présente sous un jour favorable l'homosexualité. C'est une forme d'archéologie que d'aller déterrer, au sens figuré certes, au sein d'une revue savante du XIXe siècle, une contribution qui apporte sa pierre à l'édifice d'une histoire de l'homosexualité.


Paru en 1849 dans Travaux et mémoires originaux de médecine et de chirurgie, de thérapeutique générale et appliquée, cette réflexion : Des déviations maladives de l'appétit vénérien, a été initialement motivée par une très sordide affaire de nécrophilie. Cependant, le Dr Michéa profite de cette occasion pour étudier d'autres « déviations », dont la philopœdie, terme qu'il utilise pour désigner l'attirance d'un individu pour un individu du même sexe. On verra plus loin que le Dr Michéa avait un intérêt tout personnel à s'intéresser à ce sujet-là. C'était une forme de plaidoyer pro domo, que le prétexte d'une affaire à fort retentissement permettait de livrer au public.

Au début de l'article, il se présente en rupture avec le christianisme pour qui « tout acte vénérien accompli en dehors de cette prévision devint à ses yeux un attentat qui, du domaine de la morale chrétienne, passait souvent dans celui du droit civil et criminel afin d'y recevoir parfois un châtiment atroce et capital. ». En regard, il avance :
Les Grecs et les Romains pensaient que la sagesse divine avait aussi donné à l'homme l'amour en vue du simple plaisir ; ils croyaient que la volupté était tantôt une fin, tantôt un moyen. Selon Zenon, l'amour est un dieu libre qui n'a d'autres fonctions à remplir que l'union et la concorde
Ce qui est intéressant dans ce texte est la volonté affichée de faire sortir l'homosexualité du domaine de la morale religieuse, du péché et de la faute pour le faire entrer dans le domaine du médical. C'est un mouvement bien connu du XIXe siècle, qui va au-delà de ce sujet. Avec nos yeux contemporains, la médicalisation de l'homosexualité est souvent vue comme une autre forme d'enfermement ou de catégorisation. Il faut pourtant le comprendre comme un progrès, car cela permettait en même temps d'en faire un sujet d'étude, donc de donner un caractère factuel et objectif à tous les travaux le concernant, et d'affirmer son caractère naturel, comme une forme parmi d'autres d'expression de la sexualité (l'appétit vénérien, pour reprendre les termes de l'époque).
Les déviations maladives de l'appétit vénérien, et je ne veux parler ici que des principales, des plus antipathiques aux mœurs modernes, de celles dont le fait en soi et même la simple tendance conduisaient jadis au supplice du bûcher, et qui, dans l'avenir, seront exclusivement de la compétence des médecins, et pour lesquelles, dans l'opinion publique, une pitié profonde remplacera le mépris et la flétrissure.

D'après cela, on pourrait croire, on a cru jadis, et l'on croit encore généralement aujourd'hui, que L'amour grec est toujours un produit des civilisations avancées, qu'il constitue un vice engendré par le raffinement, le sophisme et la curiosité des imaginations blasées. [...] L'histoire et le récit des voyageurs modernes démontrent que la philopœdie s'observe aussi à l'origine des sociétés, chez les peuples sauvages et dans les natures les plus incultes et les plus primitives. Elle existait chez les Celtes, suivant Aristote, et chez les Germains, d'après Sextus l'Empirique et Eusèbe.

Le plaidoyer en faveur de l'homosexualité, certes sur un mode mineur, se concrétise par ces exemples de personnalités homosexuelles de premier plan à travers l'histoire.
Il est donc très probable que, chez les modernes, Henri III, le philosophe Vanini, le duc de Vendôme, Monsieur, frère de Louis XIV, Frédéric le Grand, Cambacérès, la tragédienne Raucourt, qui brûlaient presque exclusivement de ce genre d'amour, n'étaient point arrivés là graduellement et par excès de débauches réfléchies, mais que ces personnages y sacrifiaient en raison du goût inné, d'une passion instinctive. Plusieurs observations faites par des auteurs, notamment par des médecins, tendent à démontrer que l'amour grec doit être considéré comme une déviation maladive de l'appétit vénérien.
Je crois que les mots : "goût inné, d'une passion instinctive" sont au cœur de cette nouvelle vision de l'homosexualité (le mot n'existait pas) qu'il souhaite promouvoir.

On y voit donc comme une des premières manifestations d'un relativisme historique dans la perception de l'homosexualité. Comme on le sait, ce relativisme conduit à redonner une légitimité à des mœurs jusque-là moralement condamnées et socialement stigmatisées.

Il va même chercher une explication dans les restes physiologiques d'un utérus masculin, dans le corps masculin.
Si ces faits anatomiques se vérifiaient, si l'on parvenait surtout à découvrir que l'utérus masculin peut acquérir parfois un développement plus ou moins considérable, on serait peut-être en droit d'établir un rapport de causalité entre eux et les tendances féminines qui caractérisent la plupart des individus livrés à la philopœdie.

En présentant ce livre, c'est aussi l'occasion de dire que ce type de biographie, très documentée, est pour moi un modèle du genre. C'est presque un exercice de style que de vouloir faire sortir tout une vie du presque néant. Jean-Claude Féray y est parvenu. Au-delà du rôle officiel du docteur, de ses travaux comme aliénistes, ce sont les aspects plus personnels de sa vie qui sont révélés : il est identifié dès 1847 comme pédéraste dans le registre du même nom, tenu par la préfecture de police. Son mentor, dont il est très proche, le Dr Vallerand de la Fosse est lui aussi noté dans ce registre. Par deux fois, des affaires de mœurs le mettent en rapport avec la police. La première fois, en 1850, à propos d'une affaire de drague homosexuelle sur la cours de Vincennes, qui n'aura pas de conséquence. La deuxième fois, l'affaire ira jusqu'au procès. Il sera d'ailleurs rayé de l'ordre de la Légion d'honneur. Ces faits, que l'on aborde plutôt par la chronique judiciaire, éclairent un pan de sa personnalité, que l'on peut mettre en rapport avec le texte cité. On approche ainsi une certaine vérité de la personne, même si on aimerait savoir comment il vivait son homosexualité, comment il appartenait à un réseau d'homosexuels parisiens, comment il a fait le choix d'assumer cette vie, au risque de l'opprobre et de la stigmatisation, alors même qu'il aurait pu faire le choix d'une vie de façade « normale ». En définitive, le seul témoignage que nous ayons sur sa façon d'être au monde d'un homosexuel au  XIXe siècle est ce texte. Rien que pour cela, il méritait d'être sorti de l'oubli.

 Voir ici.

samedi 4 juillet 2015

Lettres à Ibis, Jean Genet

Une célèbre maison de ventes aux enchères a proposé le 25 juin un ensemble de lettres écrites par Jean Genet, connu et publié sous le titre "Lettres à Ibis".



Il s’agit d’une correspondance qui s’étend de 1933 à 1948. En 1933, le jeune Jean Genet (il n’a que 22 ans au moment où il écrit sa première lettre), se rapproche d’un groupe de jeunes gens, du même âge que lui, sur la base d’une communauté de vue sur la littérature, les arts et la politique. La destinataire des lettres est Andrée Plainemaison (1910-1978), dite Pragane, dite Ibis. Avec quelques amis, elle avait fondé une revue Jeunes qui se voulait le moyen d'expression d'« un groupe de jeunes, dégoûtés d'une civilisation basée sur la violence, la propriété, l'injustice et l'hypocrisie [...] un groupe de jeunes qui voulons essayer d'aider nos frères, jeunes comme nous, à construire une société nouvelle, plus harmonieuse et surtout plus juste. »

Tout juste sorti de ses engagements militaires, qui lui ont fait connaître la Syrie et le Maroc, il entre en contact avec eux et plus particulièrement Ibis qui était l'animatrice de ce groupe.
 

Retrouvés par le fils d'Andrée Plainemaison, ces documents ont été publiés en 2010 :
Lettres à Ibis
Collection L'arbalète/Gallimard, Gallimard, 2010, 128 pages et 8 pages planches hors texte avec 15 illustrations, couverture illustrée.


On a longtemps eu l’image d’un Jean Genet dont la vie se construit autour d’un avant et d’un après. L’avant, c’est toute la période qui va de sa naissance jusqu’à sa première œuvre publiée en 1942, le Condamné à mort. L’avant, c’est la période de vie obscure, de vie vagabonde et, longtemps, de vie sans littérature. L’après, c’est la période publique depuis sa première œuvre, en 1942, suivie de toutes celles que l’on connaît. Ce sont aussi ses engagements, ses prises de parole, son film, etc. Jean Genet a lui-même cultivé, construit cette image qu’il renvoyait de sa vie, en particulier dans Le Journal d’un voleur.

La vérité de sa vie, paradoxalement plus riche et plus complète que le « roman » qu’il en a donné, est qu’il a, très tôt, eu l'ambition d’une entrée en littérature et le désir de se rapprocher de personnes avec lesquelles il se trouvait en communauté de pensées et de goûts. C’est ce que montrent très bien ces lettres, dans lesquelles on trouve déjà les thèmes littéraires qui le guideront tout au long de sa vie. On y trouve aussi le récit d’un amour pour Jean, amour difficile, mal partagé, mais néanmoins dit à sa confidente. On est loin de la mythologie des amours pour les voyous et les marins, mais, me semble-t-il, plus proche de la vérité, au moins à ce moment-là, de son amour pour les garçons. Dès la première lettre, il se déclare, semblant espérer qu'Ibis fasse l'intermédiaire entre lui et Jean :
« Ibis, je vais vous faire une confidence, et vous jugerez d'après cela si je vous affectionne et si j'ai confiance en vous. L'avez-vous vu : j'aime Jean. Voilà, j'ai dit les choses et je suis bien plus à mon aise. » Il poursuit : « Trouvez cela honteux, laid, répugnant, : bah ! je suis voué à la répulsion, à la laideur décrétée. Il n'en ai pas moins que j'ai au fond du cœur le sentiment le plus beau et le plus vaste. Oh ! Ibis, si vous saviez, mon amour pour lui est un soleil. Maintenant, je ne suis plus un être quelconque, je suis tout amour. »

Cette proximité pendant quelques années avec ce « groupe de jeunes » aurait pu déboucher sur une collaboration littéraire, si le journal n'avait pas rapidement cessé de paraître pour raison financière. Il en reste une texte Lettre à Ibis reproduit dans ce recueil. C'est le premier texte littéraire de Jean Genet, dans lequel se mêle prose et poésie. Se présentant d'abord comme le compte-rendu de l'ouvrage Samara, de Michel Vieuchange, sur son expérience d'explorateur à travers l'Afrique jusqu'à la cité du même nom dans le Sud-Marocain, c'est surtout le prétexte, ou l'occasion, d'évoquer l'accomplissement de soi, le voyage, le dépassement, la mort, une certain forme de mysticisme (« Je ne puis du livre vous dire rien. Il n'est qu'une attente de l'Instant. ») C'est un très beau texte, très littéraire, où l'on retrouve les prémices du Jean Genet qu'on lira beaucoup plus tard dans un livre comme Un captif amoureux. On y voit une forme littéraire qui se crée, chez un homme jeune – il n'a que 22 ou 23 ans – dont on peut se demander où et comment il a acquis cette maîtrise littéraire.



Aller ! Toujours! Savoir que tout est semblable et vouloir plus loin.
Aller seul, très pensif, se noircir au soleil et crever sous la lune !
Le voyage de Michel Vieuchange l'ayant mis en contact avec le peuple des Chleuhs, j'ai choisi ce beau portrait pour illustrer mon message, peint justement l'année de la parution du livre de Michel Vieuchange.


Jeune homme Chleuh, Marrakech, 1932
Zinaida Evgenieva Serebriakova (1884-1967)

Le recueil se clôt sur la lettre écrite par Jean Genet en mars 1984, en réponse au courrier de Jacques Plainemaison annonçant le décès de sa mère et l'existence de cette correspondance. Il termine sa lettre par ces quelques mots, simples et magnifiques :
Je suis très vieux. Et très seul mais très heureux : d'être seul et vieux ? Peut-être.

mercredi 1 juillet 2015

Une belle série de Jean Cocteau

Une belle série de documents (dessins, lettres, livres, photos, etc.) concernant Jean Cocteau